Tuesday, March 10, 2009 By: Rachel
Rien à dire… ou presque
Il est vrai, comme le dit si justement ma complice anglophile, que la langue de Shakespeare (elle n’aime en rien cette formule) recèle un foisonnement de synonymes… même quand il ne s’agit de rien.
Comment peut-on espérer se mesurer en rien à des prouesses vernaculaires tel le très monty-pythonien diddly squat, les frères zaméricains zip et zilch ou le yiddishiste bubkiss ? Notre argotique parisianisme “que dalle” fait pâle figure linguistique face à cette avalanche d’analogues. Et puis, surtout, comment espérer gagner le moindre tie-break quand on a contre soi le très tennistique “40-love” ?
Hélas, il n’y a effectivement rien à dire ou, comme le disais le grand Raymond Devos dans son célèbre sketch, “lorsque je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache !”
Mais, le français aurait-il une arme cachée pour faire face à cette abondance de néant ? Le bon vieux Petit Robert nous livre non moins d’une page entière de variations pour dire des choses avec rien et nous rappelle ainsi que le génie de la langue française provient davantage de la diversité de ses formulations que de l’envergure de son vocabulaire.
Quelle autre langue peut se targuer de faire apparaître rien dans un dictionnaire en premier sens comme étant “quelque chose, dans un contexte qui n’est pas affirmatif.” Exemple : “il fut incapable de rien dire”. Donc, rien en français, c’est souvent plus que rien et au moins mieux que rien du tout. Cela dit, c’est moins que rien de rien, surtout quand on ne regrette rien.
En cherchant sans rien forcer, on tombe sur moins que rien et on découvre que ce n’est toujours pas rien. Merci pour rien. De rien ! Mais, rien au monde ne nous oblige de s’arrêter là. On n’y comprendrait rien. Allons donc un rien plus loin. En rajoutant un second rien, on obtient deux fois rien, qui est déjà pas mal, tandis que trois fois rien, même si ce n’est toujours que peu, c’est déjà quelque chose. Ce qui prouve au moins que rien n’est pas rien puisque trois fois rien fait plus que rien et que rien tout seul, ce n’est pas rien.
Il y a rien à faire, le rien se répète mais ne se ressemble pas. Rien que ça ! Mais, après toutes ces élucubrations, on peut se demander si on est bon en rien ou plutôt bon à rien ou encore doit-on se résigner à dire qu’on ne comprend toujours rien à rien ? Non, je m’insurge, il n’en est rien ! Rien que d’y penser, je me dis que je pourrais reprendre un petit rien, sans rien forcer. Mais, cessons de nous fatiguer pour rien. Puisque, sans rien vous cacher, mon objectif, cher lecteur, est de vous entendre dire qu’il n’y a rien à dire, ce qui me permettrait de conclure que c’est parfait !
Quand il ne fait pas rien, Michel Celemenski rédige des textes en français et en anglais pour des entreprises, avec son associée Sara Green de W5 Editorial. Si vous ne savez rien sur eux, allez faire un tour sur http://www.W5editorial.com. Mais, rien ne vous y oblige…
